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Culpabilité au travail : pourquoi les leaders n’en sortent pas

22 Mai, 26 | Burn-out, Coaching, Emotions

Vous venez de terminer une journée de douze heures. Trois dossiers livrés. Quarante-sept emails traités. Deux urgences absorbées. Quatre réunions tenues.
En vous couchant, cette pensée arrive : « Je n’ai pas fait assez. »

Cette culpabilité au travail qui surgit sans raison apparente, vous la connaissez.
Elle n’attend pas que vous ayez mal fait quelque chose.

Vous êtes en vacances. Livre ouvert, soleil, calme. Au bout de vingt minutes, une sensation sourde s’installe. « Je devrais être en train de faire quelque chose. »

Ou vous dites non à une demande. Vous savez que c’est juste. Vous n’avez pas la bande passante. Dès que vous raccrochez, culpabilité.

Pas celle qui signale une vraie faute. Pas celle qui disparaît une fois que vous avez réparé.

Une culpabilité permanente, sans objet clair. Toujours là. Quoi que vous fassiez. Quoi que vous ayez accompli.

C’est de cette culpabilité précise dont nous allons parler dans cet article.

La culpabilité au travail qui ne passe pas : ce que les
leaders vivent

La culpabilité est une émotion normale. Elle signale qu’une limite a été franchie, qu’un tort a été causé. Vous ajustez, elle disparaît.

Mais chez les leaders qui pensent vite, qui font beaucoup, qui ont longtemps senti qu’ils fonctionnaient différemment, elle ne disparaît plus. Elle devient un état permanent.

Même quand vous performez au-delà des attentes. Même quand tout le monde vous dit que c’est excellent. Même quand les chiffres sont là.

La culpabilité reste.

Et avec elle, une tension constante dans le corps. Une fatigue chronique qui ne passe pas. Des réveils à trois heures du matin avec cette liste mentale qui tourne, qui tourne.

Ce que cache cette culpabilité permanente

Quelque part dans votre histoire, vous avez compris que votre façon naturelle d’être posait problème.

Trop intense. Trop dans votre tête. Pas assez concentré. Pas assez comme il faut.

Alors vous avez développé un perfectionnisme d’une précision redoutable. Pas par ambition, par nécessité. Pour prouver que vous pouviez entrer dans les cases ou dans le moule, je vous laisse le choix de la métaphore que vous préférez.

Bref, vous avez développé ce perfectionnisme pour montrer que vous n’étiez pas défaillant.

Mais ce perfectionnisme a creusé une dette impossible à rembourser.

Vous en faites toujours plus que nécessaire parce que « juste assez » ne vous semble jamais suffisant.
Vous anticipez tous les scénarios parce que si vous en ratez un, c’est votre responsabilité.
Vous vérifiez. Encore. Parce qu’une seule fois ne suffit pas.

Et malgré tout ça, les douze heures, les trois dossiers, les quarante-sept emails, vous vous couchez en pensant : « Je n’ai pas fait assez. »

Parce que cette culpabilité n’est plus liée à ce que vous faites.

Elle est liée à une croyance enfouie : « Je ne suis pas à la hauteur. »

Pas « j’ai fait une erreur ». Pas « j’aurais pu mieux faire ».
Mais : « Je ne suis pas à la hauteur. »
Et quand cette croyance est là, rien de ce que vous accomplissez ne suffit jamais à la faire taire.

Le piège que personne ne vous a expliqué

Vous pensez que si vous en faites plus, la culpabilité partira. Que si vous délivrez davantage, performez davantage, prouvez davantage, vous finirez par vous sentir légitime.

Ce raisonnement est logique. Il est aussi faux.

La culpabilité diffuse ne se nourrit pas de vos résultats. Elle se nourrit de la croyance qui est en dessous. Peu importe ce que vous accomplissez, la croyance reste. Et la culpabilité avec.

C’est pour ça que vous ne vous autorisez jamais à vous reposer vraiment. Se reposer, pour vous, c’est ne rien faire. Et ne rien faire, c’est être en faute.

Vous êtes en vacances mais vous consultez vos mails.
Vous lisez mais une partie de votre cerveau est déjà sur le prochain dossier.
Vous êtes avec vos proches, et vous n’êtes pas vraiment là.

La culpabilité de dire non est devenue plus forte que l’épuisement de dire oui.

 

Culpabilité du dirigeant

Le paradoxe sous-jacent

Ce perfectionnisme qui vous épuise est exactement ce qui fait votre fiabilité. Cette anticipation permanente, celle qui vous réveille à trois heures du matin, est la même qui vous permet de voir les risques avant tout le monde. Cette exigence que vous retournez contre vous-même est celle qui produit la qualité de votre travail.

Vous n’avez pas un problème d’exigence. Vous avez un problème de direction : vous l’appliquez systématiquement contre vous, jamais pour vous.

La culpabilité ne vient pas de ce que vous faites mal.
Elle vient de ce que vous ne vous autorisez jamais.

 

ce qui devient possible quand on la décrypte

La culpabilité permanente peut redevenir ce qu’elle est censée être : un signal ponctuel, utile, qui indique où ajuster et qui disparaît une fois l’ajustement fait.

Ce basculement ne se produit pas par la volonté. Pas en décidant d’être moins exigeant. Pas en vous répétant que vous avez bien travaillé.

Il se produit quand vous identifiez la croyance qui alimente la culpabilité et que vous commencez à la questionner vraiment, avec un regard extérieur.

Par où commencer cette semaine : la prochaine fois que la culpabilité apparaît sans raison apparente, posez-vous une question simple. « Qu’est-ce que je ne m’autorise pas ici ? »

 

a retenir

Vous n’êtes pas coupable de ne pas en faire assez.
Vous portez une croyance qui rend « assez » impossible à atteindre.

La culpabilité permanente des leaders n’est pas un défaut de caractère. C’est un système de croyances construit très tôt, très solidement et jamais remis en question parce qu’il a longtemps semblé utile.

Le questionner demande un miroir extérieur. Pas parce que vous n’en êtes pas capable mais parce que, par définition, on ne voit pas la croyance dans laquelle on est immergé.

questions fréquentes 

Pourquoi je me sens coupable même quand j’ai bien travaillé ?
Parce que votre culpabilité n’est pas liée à vos résultats, elle est liée à une croyance sur ce que vous devriez être. Tant que cette croyance n’est pas identifiée, aucun résultat ne suffit à la faire taire. C’est le mécanisme central de la culpabilité diffuse chez les hauts performants.

Est-ce que la culpabilité permanente est un signe de burn-out ?
Elle en est souvent un précurseur. L’épuisement et la culpabilité s’alimentent mutuellement : vous ne vous reposez pas parce que vous vous sentez coupable de ne rien faire, ce qui amplifie la fatigue, ce qui amplifie la culpabilité. Si vous vous reconnaissez dans ce schéma, c’est un signal à ne pas ignorer.

Comment distinguer une culpabilité utile d’une culpabilité toxique ?
La culpabilité utile est ponctuelle et disparaît une fois que vous avez ajusté. Elle pointe vers un acte précis. La culpabilité toxique est diffuse, permanente, et ne disparaît pas même quand vous performez. Si vous ne pouvez pas répondre clairement à « de quoi exactement suis-je coupable ? », vous êtes dans la seconde.

 

 

Formatrice et coach entreprises

À propos de

Sandra Morel-Bordenave

* Coach professionnelle certifiée spécialisée en prévention du burn-out et intelligence émotionnelle pour les leaders.
+1000 accompagnements en 13 ans

* Formatrice en entreprise sur la gestion des émotions, la communication non violente et la prévention des risques psychosociaux.

 

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