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Vous vous sentez en décalage au travail ? Ce n’est pas un hasard.

22 Mai, 26 | Burn-out, Coaching, Emotions

Un collègue termine sa journée. Huit heures de travail. Il rentre chez lui, fait du sport, voit des amis.

Vous terminez la même journée. Huit heures de travail. Vous rentrez chez vous. Vous vous effondrez.

Même poste. Même charge apparente. Fatigue radicalement différente.

Vous avez probablement cherché une explication rationnelle. Vous êtes moins bien organisé. Moins solide. Moins fait pour ce rythme. Vous avez peut-être même conclu, à tort, que vous n’étiez pas à la hauteur.

Ce sentiment de décalage au travail, beaucoup de leaders le connaissent, sans jamais réussir à le nommer clairement.
L’explication est ailleurs. Et elle change tout.

votre journée de travail ne dure pas huit heures.

Elle en dure seize.

Pas au sens littéral. Mais au sens énergétique.

Votre charge ne commence pas à la première tâche. Elle commence avant. Dès que vous entrez dans l’espace de travail, un processus invisible s’enclenche, que vos collègues ne connaissent pas, parce qu’ils n’en ont pas besoin.

Filtrer le bruit de fond pour pouvoir vous concentrer. Décoder la consigne floue pour comprendre ce qu’on attend vraiment de vous. Réguler votre réaction face à l’imprévu pour ne pas montrer que vous êtes déstabilisé. Adapter votre façon d’être à chaque interlocuteur, chaque réunion, chaque contexte.

Votre collègue utilise son énergie pour son travail.

Vous utilisez la moitié de votre énergie à vous ajuster en permanence, et l’autre moitié pour le travail lui-même.

Ce n’est pas de la fragilité ou une quelconque forme de faiblesse. C’est une double charge que personne ne voit, y compris vous. C’est une « manière » de fonctionner différente ET invisible.

ce que vous avez appris très tôt

Quelque part dans votre histoire, vous avez compris que votre façon naturelle d’être posait problème.

Trop intense. Trop direct. Trop dans votre tête. Pas au bon rythme. Pas selon les bons codes.

Alors vous avez fait ce que font les gens intelligents face à un environnement qui ne les comprend pas : vous vous êtes adapté. Avec une efficacité remarquable.

Vous avez appris à lire les situations avant que les autres les comprennent. À moduler votre expression selon ce qu’on attendait de vous. À livrer exactement ce qu’il fallait, au bon moment, dans la bonne forme.

Ça a marché. Brillamment, même. Vous avez réussi. On vous a remarqué. On vous a promu.

Et pourtant, quelque chose ne colle pas. Vous performez, et vous ne vous sentez pas vraiment à votre place. Vous avancez, et vous avez l’impression de jouer un rôle dont vous n’avez pas écrit le texte. Vous vous observez tel un personnage de film auquel on dicte un scénario bien précis. Et en bon élève, vous vous appliquez parfaitement à répondre aux attentes formulées explicitement et/ou implicitement.

Ce décalage que vous ressentez n’est pas une anomalie. C’est le signal que votre énergie est en partie mobilisée ailleurs que dans ce que vous faites.

Le sentiment de décalage au travail : une spirale dont peu de personnes ont conscience

Plus vous vous ajustez, plus c’est épuisant. Plus c’est épuisant, plus vous compensez pour que ça ne se voie pas. Plus vous compensez, plus vous vous perdez.

Vous changez de registre selon les interlocuteurs, au point de ne plus savoir lequel est vraiment le vôtre. Vous sortez d’une réunion qui s’est bien passée, et vous êtes vidé. Vous avez la sensation de produire moins que les autres, objectivement, et pourtant vous fournissez plus d’efforts.

Ce n’est pas une question de méthode ou d’organisation. C’est une question d’énergie mal comptabilisée.

Les neurosciences l’ont documenté : le travail cognitif de s’adapter en permanence à un environnement qui ne vous ressemble pas consomme des ressources considérables. Des ressources qui ne sont donc pas disponibles pour vos décisions, votre créativité, votre présence.

Vous n’êtes pas épuisé par ce que vous faites. Vous êtes épuisé par ce que vous dissimulez.

Cette phrase mérite qu’on s’y arrête. Parce qu’elle déplace le problème, et donc la solution.

 

decalage au travail

ce que ce décalage révèle de vos forces

Voici ce que la plupart des analyses sur ce sujet ratent complètement.

Ce que vous vivez comme un obstacle, un frein, est aussi la source de compétences rares.

La capacité à lire finement les dynamiques d’une salle. À percevoir ce que les autres ne formulent pas encore. À traiter de l’information complexe rapidement. À maintenir plusieurs niveaux de lecture simultanément.

Ces aptitudes ne sont pas distribuées uniformément. Vous les avez développées par nécessité, et elles font partie de ce qui vous rend précieux dans vos fonctions de leadership.

Le problème n’est pas que vous fonctionnez différemment. Le problème est que vous dépensez une énergie considérable à le cacher, au lieu de l’orienter vers ce pour quoi vous êtes fait.

Le décalage n’est pas un défaut de socialisation.

C’est le signal d’un cerveau câblé pour voir ce que les autres ne voient pas encore.

 

par où commencer ?

Pas par un grand changement. Pas par une remise en question totale.

Par une observation simple, cette semaine.

Notez les moments où vous rentrez épuisé sans raison apparente. Pas après une journée chargée, après une journée normale. Ces moments sont le révélateur le plus fiable de l’endroit où vous dépensez de l’énergie que vous ne comptabilisez pas.

Deuxième observation : notez quand vous vous sentez enfin vous-même. Dans quelle conversation, quel contexte, quel type de travail. Ce n’est pas anecdotique. C’est de l’information stratégique sur ce qui vous convient vraiment.

Ce que vous allez découvrir va probablement vous surprendre. Et commencer à expliquer ce décalage que vous traînez depuis longtemps sans pouvoir le nommer.

 

a retenir

Vous ne vous épuisez pas parce que vous êtes moins solide que les autres.

Vous vous épuisez parce que vous portez une charge que les autres n’ont pas.

Ce que vous vivez comme un décalage est souvent la marque d’un profil qui perçoit plus, traite plus et compense en permanence pour que ça ne se voie pas.

La première étape n’est pas de changer. C’est de voir la charge réelle que vous portez. De la nommer. De décider, enfin, de ne plus la porter seul.

 

questions fréquentes 

Pourquoi je m’épuise plus vite que mes collègues à travail équivalent ?
Parce que votre charge n’est pas équivalente. À la charge visible s’ajoute une charge invisible : l’énergie dépensée à vous adapter, filtrer, décoder, réguler. Cette double charge est réelle et documentée : elle n’est simplement jamais comptabilisée dans les évaluations de performance.

Est-ce que ce sentiment de décalage disparaît avec l’expérience ?
Rarement seul. L’expérience peut rendre la compensation plus fluide, ce qui donne l’illusion que le problème est résolu. Mais la dépense énergétique reste.
Ce qui change avec un travail sur soi : on cesse de compenser par réflexe pour commencer à choisir comment s’ajuster, et quand ne pas le faire.

Comment savoir si mon décalage est lié à mon mode de fonctionnement ou à mon environnement ? Les deux sont souvent vrais simultanément. Un environnement inadapté amplifie un mode de fonctionnement différent. La question utile n’est pas « lequel des deux est responsable » mais plutôt « où est-ce que je perds le plus d’énergie, et qu’est-ce que je peux faire de ce constat ? »

 

 

Formatrice et coach entreprises

À propos de

Sandra Morel-Bordenave

* Coach professionnelle certifiée spécialisée en prévention du burn-out et intelligence émotionnelle pour les leaders.
+1000 accompagnements en 13 ans

* Formatrice en entreprise sur la gestion des émotions, la communication non violente et la prévention des risques psychosociaux.

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